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DELPHIQUES 1960 - 1970    

 

                                                                      

                                                                                                           THEODOROS , sculpteur

 

   La série de sculptures intitulée Delphiques commence en 1960, à Paris, avec les premières recherches sur le langage de la sculpture contemporaine à condition que par sculpture contemporaine, l'on conçoit un langage structuré de matériaux tangibles, émettant à d'autres fréquences, dans un espace diachronique, au-delà de l'actualité éphémère de l'image.

De ces investigations a surgi la distinction entre les codes naturels de communication, des codes diachroniques qui valent aussi en art, et les codes conventionnels, ces codes culturels que produisent les différentes sociétés, suivant l'évolution des supports et des modes de communication.

  Pendant cette période, la recherche d'un vocabulaire formel et d'une syntaxe plastique-esthétique ad hoc, qui corresponde aux conditions de communication de l'époque, a abouti à une série de dessins et d'objets sculptés, études et avant-projets de sculptures destinés à fonctionner dans l'espace public.

   Outre les problèmes de composition et d'expression plastique que pose la sculpture lorsqu'elle est destinée à l'espace public des cités contemporaines, les œuvres sculpturales réunies sous le titre général Delphiques posent la question du mythe dans l'art contemporain.

  Le mythe, au milieu du XXème siècle, après la seconde guerre mondiale, dans une Europe qui s'efforce de trouver son orientation, était alors au cœur de la réflexion de nombreux penseurs et, parmi eux, des artistes.

  A une époque d'expériences multiples, d'investigations et de contestations, il était naturel que ressurgisse en moi le bagage mythique que j'avais emporté de Grèce, pour se mêler aux courants esthétiques et idéologiques de l'environnement parisien cosmopolite, avec lequel nous tentions, par notre œuvre, d'être en accord.

  C'est dans cet effort pour percer l'avenir, dans la perspective à venir du monde, de l'art, de la sculpture, qu'a émergé des profondeurs de mon être la sensation intense de Delphes - du lieu, des ruines, des œuvres antiques. Au cours de ce processus d introspection, splachnoscopie, et d'interprétation des signes du présent comme présages, ont été conçus , les Oracles, les Auspices, les Victoires et les autres œuvres de la série Delphiques.

 

   La plupart de ces sculptures ont été réalisées à Paris et ont été présentées partiellement à l'occasion d'expositions individuelles, d'expositions de groupe ou de Salons. Des œuvres issues d'une réflexion sur le tournant de l'Art contemporain, à l'époque où j'étais en quête d'un langage formel adapté à la sculpture dans l'espace urbain. Ce langage formel que, plus tard, après avril 67 et mai 68, j'ai déconstruit avec la Matraque-Phallos, avec des œuvres, des environnements et des performances présentées dans les années 70 et 80, au fil d'un parcours continu jusqu'aux dernières créations des années 90.

 

   Cette exposition organisée au Centre Culturel Européen de Delphes en cette fin du XXème siècle revêt aussi le sens d'un compte-rendu, car le temps écoulé depuis la création des œuvres offre le recul nécessaire à un regard critique lucide.

 

Athènes, avril 1999.                                                                                      Theodoros, sculpteur

 

 

 

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